« J’ai vu Fukushima, et je lutte contre les éoliennes. » #Témoignage

Je m’appelle Eckhardt Momber, je vis actuellement dans une petite commune reculée du Cantal : Saint Gérons, à côté de la Roquebrou.  Mais je n’ai pas toujours vécu dans le Cantal. Je suis professeur en langue et littérature allemande, et j’ai enseigné à Berlin, puis au Japon dans les années 90. Depuis toujours, quel que soit le pays où j’ai pu vivre, je me suis engagé pour lutter contre le nucléaire, civil et militaire. Après la catastrophe de Fukushima, j’ai voulu revoir ce pays où j’ai tant aimé vivre, car la famille de ma femme était directement concernée par ce drame.  

En tant qu’écrivain, j’ai donc décidé d’aller à la rencontre des habitants de Fukushima. Je les ai écoutés. Ils m’ont parlé de leur survie après la catastrophe, et ils m’ont demandé de délivrer un message à mon retour en France : «  Nous qui pleurons nos malades et nos morts, et qui essayons de survivre au désastre, confrontés à un mur d’ignorance et d’indifférence, et face à une grande irresponsabilité politique et économique, nous craignons un autre accident nucléaire. Nous n’avions jamais cru qu’une telle chose puisse arriver chez nous. L’énergie nucléaire nous a longtemps apporté le confort et la modernité. Finalement elle a semé chez nous la destruction et la mort. Notre seul espoir : que personne n’oublie. ». Ces mots poignants, je les ai rapportés dans le livre que je viens de publier : Voyage à Fukushima. ( Editions Maurel).

Bien entendu, à mon retour en France, j’étais plus que jamais farouchement opposé à la création de nouvelles centrales, et je me suis intéressé aux énergies alternatives : je m’y suis intéressé réellement. Je suis allé les voir de très près. Le Parc éolien de Saint Saury est à quelques kilomètres de chez nous dans le Cantal, et  je me suis laissé séduire par une charmante représentante de la Société Valorem qui m’a persuadé il y a quelques mois de monter à 100 mètres de haut dans une de ces machines déjà installées. Avoir posé mon derrière sur la turbine a été une expérience exaltante parce que j’ai senti physiquement cette fameuse transformation du vent en énergie ! Et pourtant …je n’ai pas été aveuglé par cette visite au point de me dire : nous avons enfin trouvé la solution énergétique.

Et pourquoi donc?

Parce que je ne prends pas tout ce qu’on me dit pour argent comptant. Je me suis documenté, et je me suis aperçu que  toutes les énergies alternatives ne sont pas aussi écologiques qu’on nous le faire croire, et surtout pas des aérogénérateurs industriels hauts de 200 mètres : 1500 tonnes de béton coulés dans le sol pour chaque éolienne sur des champs cultivables, un moteur de la taille d’une locomotive, rempli d’huile toxique, infrasons, animaux malades, effet stroboscopique, mort des oiseaux, biodiversité réduite à néant sur plusieurs hectares, le tout, imposé par la préfecture, à 500 mètres des habitations.

Malheureusement, tout le monde ne voit pas encore tout ce qui se cache derrière cette belle idée de moulins à vent modernes, car il est plus rassurant de se dire qu’on a trouvé la solution. Mais je voudrais savoir pourquoi celles et ceux qui, comme moi, se sont engagés depuis longtemps contre le nucléaire ne réagissent pas. Et je voudrais leur demander : est-ce que vous  ne seriez pas finalement résignés, épuisés, après tant d’années de combat, parce que vous n’avez jamais réussi à  les faire arrêter, ces «  schlafende Atombomben », les bombes atomiques dormantes,  comme  nous les avions déjà surnommées il y a cinquante ans ?  Vous, les anti-nucléaires et naturalistes, vous ne voyez donc pas que ces aérogénérateurs détruisent la nature déjà beaucoup trop abîmée ? Et vous aussi,  les anti-nucléairesanticapitalistes, ça ne vous gêne pas que ces machines deviennent une nouvelle source inépuisable de profit pour   la finance internationale, alors qu’elles sont construites grâce à l’argent des contribuables ? 

L’énergie nucléaire, elle, est tellement bien intégrée dans la société française qu’on dirait qu’on y  croit comme en une religion.  Et la sortie du nucléaire est encore une promesse tellement lointaine que personne n’y croit plus vraiment. Prendre l’éolien comme  roue de secours dans cette situation collectivement  désespérée, c’est bien compréhensible… mais fort illusoire…et les promoteurs se frottent les mains face à notre naïveté. Alors que plane sur nous le risque d’accident nucléaire, (et qui d’entre nous ne porte pas cette peur discrètement cachée en son for-intérieur?), les industriels qui utilisent notre peur nous entraîneront vers une France défigurée si nous n’y prenons garde. Elle  sera abandonnée d’abord par les touristes, et cela représente une immense source de revenu dans notre beau pays. Elle sera enfin quittée par les Français eux -même qui ne voudront plus jamais retourner en région et repeupler les campagnes.

Les éoliennes ne nous  sauveront ni du nucléaire ni de nous-mêmes, nous les consommateurs toujours irresponsables et pourtant responsables de l’impasse énergétique dans laquelle nous nous sommes engagés il y a trente ans en France. Ne nous jetons pas dans le piège que nous tend le dieu Eole, et faisons confiance en l’être  humain qui continue à chercher et trouver partout dans le monde toutes sortes de nouvelles manières de produire de l’énergie ! 

Chacun peut apporter sa part dans cette quête : avec mon épouse, nous avons installé pour notre maison un traqueur solaire. Nous sommes quasiment autonomes en énergie, et nous ne dépendons d’aucune multinationale. Alors, oui, des solutions existent. Ne nous laissons pas endormir par le chant des sirènes. Derrière les éoliennes, il n’y a pas une once d’écologie, il y a seulement beaucoup d’argent en jeu : subventions et actionnaires se moquent bien de la santé des riverains, et encore plus de la biodiversité !

Témoignage recueilli par Sioux Berger